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Enregistrement : Décembre 2007
Mise en ligne : 04/10/08

Bien que déjà datée, puisque réalisée dans le courant du mois de décembre 2007, cette interview de Franck Biancheri du think-tank Europe 2020 ne manquera pas d'intéresser les lecteurs de La Spirale dans le contexte économique et géopolitique actuel.

On notera par exemple avec intérêt que ces experts indépendants avaient anticipé la crise que nous traversons dès février 2006, allant jusqu'à parler d'une « fin de l’Occident tel qu’on le connaît depuis 1945 ». Ce qui ne manque pas d'interroger sur la réactivité de nos institutions et des élites financières. Autre sujet de réflexion qui prend toute sa saveur au regard des tensions récurrentes entre l'Occident et la Russie du tandem Poutine-Medvedev, l'annonce d'une probable montée en puissance des militaires dans la gestion des Etats-Unis.

Bienvenue dans un monde merveilleux... Nous vivons une époque formidable ! Néanmoins, un(e) futur(e) survivant(e) de l'imminente apocalypse géopolitico-financière averti(e) en valant deux, voire trois, nous ne saurions trop vous conseiller de lire ce qui suit avec la plus grande attention avant de vous ruer dévaliser l'armurerie voisine.



Europe 2020 se définit comme un Laboratoire européen d’Anticipation Politique. Avant de nous pencher plus précisément sur la crise actuelle et la CSG qui semble concentrer une part importante de vos recherches, quels sont les domaines d’expertise et les champs de recherche d’Europe 2020 ?

Europe 2020 a développé, à partir du milieu des années 90, une série de travaux sur l'anticipation politique, appliquée notamment à l'évolution à long terme de l'Union européenne (horizon 2020). C'est d'ailleurs au cours du développement de ces travaux que nos équipes ont été conduites à s'intéresser aux interactions de l'UE avec le reste du monde (paramètres essentiels pour comprendre l'évolution de l'UE à une vingtaine d'années de distance). Politique, relations internationales, sociologie, institutions, économie, finances, linguistique, éducation... C'est la multidisciplinarité et le multilinguisme qui sont la norme dans notre fonctionnement, associées à deux principes fondamentaux : utiliser au maximum l'expérience de terrain des praticiens plutôt que les réflexions académiques; et connaître réellement les régions et les pays concernés (ce qui signifie notamment en connaître autre chose que les capitales et les élites dirigeantes).

Quels furent les déclencheurs de la création du think-tank Europe 2020 ?

Essentiellement la prise de conscience au tournant des années 1990 que le projet communautaire avançait à pleine vitesse, sans avoir la moindre visibilité au-delà de deux ou trois ans. Il n'y avait nulle part de structure possédant les doubles conditions essentielles pour le faire : une réelle dimension européenne et une réelle indépendance des pouvoirs dominants. En effet, il n'existait que des « think-tanks » nationaux, donc incapables d'appréhender la dimension européenne, ou des « think-tanks » dépendants financièrement des institutions européennes. Nous avons donc décidé de construire les outils méthodologiques et les structures permettant de combler ce déficit majeur pour un projet politique de l'envergure de l'UE. Notre développement s'est fait progressivement, mais il s'est accéléré au moment de la grande crise de la Commission européenne en 1999. Nous avions en effet produit depuis 1995 de nombreuses anticipations qui prédisaient une crise brutale pour l'exécutif communautaire due aux problèmes de gestion des programmes communautaires, dans le contexte de la création de l'Euro et de l'émergence d'un intérêt croissant des médias et des opinions publiques pour les questions européennes.

À partir du début 1999, les institutions publiques communautaires et nationales sont devenues demandeuses de nos conférences et de nos analyses; alors que quelques mois plus tôt les mêmes nous priaient plutôt de nous taire.

Pouvez-vous nous parler la « Méthode d’Anticipation » sur laquelle se fondent les travaux du think-tank Europe 2020, des spécificités de ce que vous définissez comme une approche nouvelle de la prospective ?

Cette méthode s'est élaborée de manière très expérimentale, depuis la fin des années 1980. Elle s'incarne dans une vision systémique des processus majeurs en cours dans notre monde « fermé » du XXI° siècle. Elle est notamment fondée sur l'importance accordée aux informations et analyses issues des praticiens (à l'inverse des instituts classiques de prospective qui valorisent généralement les apports de spécialistes universitaires). Et elle intègre une pratique très élaborée de décodage des signaux émis par les acteurs dominants d'un système. Enfin, elle vise à permettre de décider (que l'on soit simple acteur individuel ou au contraire acteur institutionnel ou collectif). Elle n'a aucune vocation à décrire l'avenir, mais tout simplement à indiquer quand et comment des décisions peuvent être prises pour éviter des risques identifiables.

D'une manière générale, notre approche d'origine visant à tenter d'anticiper l'évolution politique de l'UE à 20 ans nous a permis de comprendre que les entités comme l'UE, du fait de leur taille et de leur complexité, s'apparentent plus à de gigantesques supertankers qu'à de petits cargos. Or, s'il n'anticipe pas très longtemps à l'avance son chemin, et les manoeuvres nécessaires, un supertanker va droit au naufrage. Au contraire d'un petit navire qui peut changer aisément de direction. Le passage de nos 27 petits États-Nations au gigantesque supertanker européen impose donc le passage à de nouveaux modes de gouvernance, puisque « gouverner, c'est prévoir ». Et l'anticipation, telle que LEAP/E2020 la conçoit, c'est précisément une réponse à ce changement de dimension.

Dans la présentation d’Europe 2020, en ligne sur votre site, vous soulignez votre indépendance de tout gouvernement ou groupe d’intérêt. Comment financez-vous vos recherches et de quelle nature sont vos partenariats avec les organisations de la société civile, les entreprises et les institutions publiques européennes et nationales auxquelles vous faites référence ?

Dans une première étape du développement de nos activités, nous avons eu l'occasion de collaborer avec des institutions publiques (européennes et nationales). Puis, du fait de la lourdeur des procédures et des contraintes politiques incompatibles avec notre volonté d'indépendance, nous avons évolué vers des partenariats plus souples avec des organisations privées (fondations et entreprises). Enfin, le succès croissant de nos travaux nous a permis début 2006 d'ouvrir une nouvelle voie pour notre développement : démocratiser l'accès à nos travaux d'anticipation tout en diversifiant au maximum nos sources de revenus pour accroître notre indépendance. C'est ainsi qu'est né notamment le Global Europe Anticipation Bulletin.

Avant de continuer, commençons peut-être par expliquer le concept de crise systémique globale... Un de vos communiqués publics n’hésite pas à parler – je cite : « de la fin de l’Occident tel qu’on le connaît depuis 1945 ».

Ce communiqué public, paru en février 2006 à l'occasion de la sortie du Global Europe anticipation Bulletin N°2 (GEAB N°2), a littéralement fait le tour du monde, puisqu'il a été lu directement par plusieurs millions de personne à l'époque. Tous nos sites ont été difficilement accessibles durant des jours à cause des pics de connexion. Et il a été spontanément traduit dans au moins une cinquantaine de langues, du Russe au Chinois en passant par l'Arabe ou le Japonais. Cet impact global, dont nous fûmes les premiers surpris, était l'indicateur d'une forte résonance entre notre anticipation et les attentes/craintes de millions d'internautes sur toute la planète.

Or, cette expression, « la fin de l'Occident tel qu'on le connaît depuis 1945 », ne veut rien dire d'autre que le monde tel qu'il a été constitué après la Seconde Guerre Mondiale est en train de disparaître sous nos yeux. La première moitié de ce monde s'est dissoute entre 1989 et 1992 avec la Chute du Mur de Berlin et la fin de l'URSS. La seconde moitié est en train de subir le même sort avec l'effondrement du Dollar et l'entrée des Etats-Unis dans une très grande dépression socio-économique. Le deuxième pilier du monde d'après 1945 est en train de tomber. Et il entraîne ce monde avec lui. L'Occident, conçu comme un duopole USA-Europe de l'Ouest, dirigeant les affaires de la planète, avec les Etats-Unis comme leader et les pays d'Europe de l'Ouest comme suiveurs, suit le même chemin que le pilier qui s'écroule. Un nouveau monde se forme, avec d'autres acteurs (Chine, Inde, etc.), et d'anciens acteurs organisés différemment (comme les Européens avec l'UE par exemple ou la Russie). La transition la plus difficile et la plus douloureuse sera bien entendu pour le pays qui était au coeur du monde ancien, à savoir les Etats-Unis. Cette anticipation était apparue alors à beaucoup d' « experts » comme totalement délirante, alors qu'elle s'appuyait sur des prévisions très précises comme le passage du taux EURUSD à 1,30 à la fin 2006.

En moins de deux ans, il est pourtant aisé de constater que ces idées font aujourd'hui florès dans l'ensemble de la sphère médiatique et spécialisée. Last but not least, en Février 2006, c'est aux Etats-Unis même que notre anticipation avait rencontré le plus grand succès ; car de l'intérieur de leur pays, beaucoup d'Américains étaient déjà en mesure de voir l'ampleur des problèmes qui les affectaient.

Pourriez-vous revenir pour nos lecteurs sur les origines de cette crise, particulièrement sur la production de dettes américaines (ménages, entreprises et institutions publiques) et la vente de cette dette à des détenteurs étrangers…

Nous avons publié plusieurs communiqués publics à ce sujet. D'une manière générale, on peut résumer la crise en disant que depuis plus d'une décennie les États-Unis exportent essentiellement des dettes puisqu'ils n'ont plus de base industrielle compétitive globalement (d'où le déficit chronique de leur balance commerciale). Jouant sur des décennies d'habitude à considérer les États-Unis comme une économie « hors norme » et utilisant le statut du Dollar US comme monnaie de réserve internationale, utilisée pour régler l'essentiel des échanges internationaux, Washington et Wall Street ont pu faire croire aux investisseurs étrangers (et américains aussi) que les dettes US étaient « un placement en or ». Les subprimes et la crise immobilière n'ont été in fine que le détonateur de l'ensemble du système. Tout d'un coup, à l'occasion de l'explosion de la dette immobilière, les investisseurs de toute la planète se sont aperçus qu'en fait de « placement en or », ils n'avaient peut-être acheté que des dettes que personne ne rembourserait jamais.

Et plus la crise se développe, plus ils sont nombreux à se rendre compte que depuis une décennie environ, ils n'ont fait qu'acheter des placements US (bien au-delà de l'immobilier) qui ne valent en fait qu'une petite fraction du prix qu'ils ont payé. Pour reprendre une image tirée de l'effondrement du 1° pilier de l'ordre mondial d'après 1945, à savoir l'URSS, le monde entier découvre aujourd'hui avec les États-Unis ce que les Allemands de l'Ouest ont découvert avec l'Allemagne de l'Est lors de l'unification et de la conversion du Deutsche Mark au taux de 1 pour 1 Mark Est Allemand : ils avaient payé très cher une économie qui était en fait insolvable depuis des années.

Comment expliquez-vous la mollesse des institutions et des cercles financiers américains face aux crises actuelles, et comme vous le dites vous-même dans un article l’incapacité de la plupart des actuels dirigeants de grandes banques internationales ?

Comme nous le disons dans l'un de nos communiqués, « le monde qui s'écroule sous nos yeux est le leur », alors n'attendons pas d'eux qu'ils puissent trouver des solutions car ils ne comprennent rien à ce qui leur arrive. Stricto sensu, pour eux, ce qui arrive était impossible. Par ailleurs à Washington, ils ne peuvent plus rien. Les réformes nécessaires auraient dû être entreprises il y a dix ou vingt ans. Les États-Unis ne produisent plus rien que le monde souhaite acheter (à part des armes). Songez qu'en deux ans, le Dollar a baissé de près de 20% par rapport aux principales monnaies mondiales et que dans le même temps, le déficit commercial américain reste stable entre 55 et 60 Milliards USD par mois. L'adaptation est en cours, car la contrainte du monde réel s'impose. Et elle va se traduire par une baisse de 50% du niveau de vie moyen des Américains d'ici 2010. Cette baisse est déjà en cours. Mais n'attendez pas des dirigeants américains actuels (ni des prochains) qu'ils anticipent cette évolution. Ils ne peuvent pas l'imaginer (sauf des responsables atypiques comme le candidat républicain Ron Paul ou le contrôleur général des finances US David Walker). Et même s'ils le pouvaient, ils ne sauraient pas comment l'annoncer à leurs concitoyens.

Regardez en France, le gouvernement n'est même pas capable de reconnaître que toutes ses prévisions de croissance pour 2008 sont fausses, du fait notamment de la crise financière mondiale. Et pourtant c'est une toute petite mauvaise nouvelle comparée à la très grande dépression en train de s'abattre sur les Etats-Unis. De toute façon, actuellement, aucun système éducatif dans le monde ne forme d'élites à la maîtrise des méthodes et outils d'anticipation. Alors pas de surprise hélas en la matière : on continuera à avoir des pilotes de petits navires pour diriger les supertankers.

Vos analyses ont de quoi glacer le sang de plus d’un financier. Quelles sont les réactions des institutions bancaires et des cercles financiers ?

Au premier semestre 2006, la quasi-totalité de la sphère économique et financière nous a tiré dessus à boulets rouges. À l’époque, Lehman Brothers a été l'une des très rares grandes banques à s'intéresser à nos analyses sur la crise immobilière US, les subprimes. Et, c'est peut-être une coïncidence, mais avec Goldmann Sachs, ils sont les deux seuls grands établissements financiers à avoir su sortir des subprimes dès la fin 2006. En revanche à partir du printemps 2007, HSBC, BNP-ParisBas, Bloomberg... Et progressivement la plupart des grandes institutions financières se sont abonnées ouvertement à nos publications. D'une manière générale, notre expérience montre qu'il est extrêmement difficile de faire prendre conscience à des groupes humains organisés que leurs « certitudes » peuvent s'envoler en fumée en quelques mois ou quelques années, tant qu'un choc brutal n'a pas eu lieu. Et à ce moment-là il est généralement trop tard. Les opérateurs financiers ne sont pas différents du reste du genre humain.

Mais l'expérience de ces deux dernières années nous a aussi appris une chose positive (y compris avec le monde de la finance) : grâce à Internet et au double processus d'individualisation de la communication, et d'anonymat du contact, il est possible de diffuser très rapidement des nouvelles « politiquement incorrects » dans un système, pour peu que ces nouvelles s'appuient sur des analyses solides. Les individus s'avèrent infiniment plus mobiles intellectuellement que les groupes. Rien de neuf sur le fond; mais avec l'Internet, pour la première fois, il semble que ce constat puisse déboucher sur des conséquences opérationnelles pour faire de l'anticipation un instrument très efficace de conduite du changement.

Quelles seraient les conséquences locales d’une crise économique majeure aux États-Unis ? Lors de notre entretien téléphonique, vous m’aviez fait remarquer la place particulière de l’armée dans la société américaine et la possible montée en puissance des militaires dans la gestion du pays…

Cela fait déjà de nombreuses années que l'armée est devenue la colonne vertébrale de la société américaine, suite aux faillites successives des autres composantes comme, par exemple, les partis politiques, le système d'enseignement...

Ainsi, c'est le secteur de l'armement qui reste l'un des rares pôles d'avance technologique. C'est l'armée qui pallie l'absence de mobilité sociale en permettant de payer les études, de former à une profession. Bien entendu, c'est elle (voir l'Irak et les pays du Golfe) qui permet de maintenir la pression sur les partenaires clés pour pouvoir continuer à faire tourner la machine économique et financière US. Et désormais, c'est elle qui décide si oui ou non, les États-Unis restent ou partent d'Irak. De facto, il n'y a plus grand-place pour les civils dans la gestion du pouvoir des États-Unis de cette fin de décennie, à part bien entendu, celle de l'apparence du pouvoir. Les conséquences de la Très Grande Dépression US qui a commencé vont toucher aux fondements même du fonctionnement d'un pays gangrené par des oppositions ethniques non résolues, une violence civile sans équivalent dans le monde, des disparités géographiques immenses. L'effondrement du « Mur Dollar » aura des conséquences analogues pour les États-Unis à celles de l'effondrement du Rideau de Fer pour l'URSS. Rappelons nous que si la Russie existe toujours, l'URSS elle n'existe plus.

Et quelles seraient les conséquences de cette crise à l’extérieur des États-Unis, en Europe, en Asie, au Moyen-Orient ?

Nous développons tous ces aspects dans nos travaux. Alors en résumé, l'UE (sauf le Royaume-Uni) est aujourd'hui la mieux équipée pour s'en sortir le moins mal. L'Asie, en particulier la Chine, est très exposée car elle dépend fondamentalement de l'économie US pour son développement. Le Moyen-Orient va devoir se trouver de nouveaux « protecteurs » et cela sera particulièrement violent. Les États-Unis vont être bouleversés de fond en comble. Pour prendre une image qui me paraît adéquate, cette crise systémique globale est comme un tsunami. Les États-Unis sont au coeur du séisme déclencheur (et le Royaume-Uni en est l'île la plus proche). L'Europe est la seule côte où les maisons sont hautes et construites en béton (avec quand même des degrés divers notamment une plus grande fragilité hors zone Euro). L'Asie a des constructions de toute nature sur ces rivages. Le Moyen-Orient vient lui-même de subir un tremblement terre quelques temps avant le tsunami, à savoir l'invasion de l'Irak.

Est-ce qu’on peut imaginer des remèdes à une crise systématique globale ou du moins des moyens d’en amoindrir les effets négatifs ?

À ce stade, c'est plutôt du chacun pour soi. L'anticipation vise à pouvoir agir à temps... C'est-à-dire longtemps avant les problèmes quand il s'agit de grands systèmes comme l'UE, les États-Unis, la Chine ... et à plus forte raison la planète. Donc en ce qui concerne les causes de la crise systémique globale, il est désormais trop tard pour agir. Il aurait fallu s'en inquiéter il y a dix ou vingt ans. En revanche, deux types d'acteurs peuvent encore agir. D’abord les individus, en évitant de découvrir trop tard les conséquences de la crise. Par exemple, en évitant de découvrir avec tout le monde (c'est-à-dire trop tard) que les banques perdent des centaines de milliards dans la crise actuelle et que certaines d'entre elles vont faire faillite. Ou bien, pour des institutions, en anticipant des conséquences macro-économiques, pour se préparer au choc. Ainsi la Banque Centrale Européenne a conduit un exercice de simulation de sa réaction à une crise systémique en Mai 2006 ... soit trois mois après notre communiqué annonçant l'arrivée de cette crise et recommandant à la BCE de s'y préparer sur au moins trois fronts.

En faisant de la prospective à plus long terme et aussi périlleux que cela puisse être, comment imaginez-vous la recomposition géopolitique du monde après une crise d’une telle ampleur ? Je pense notamment à la place qu’occuperaient la Russie et l’Inde… Les puissances actuellement qualifiées d’émergentes pourraient-elles s’en trouver renforcées ?

Aucun doute sur le fait que ces puissances émergentes vont émerger. D'ailleurs, la Russie actuelle est un bon exemple des transformations qu'impose une crise systémique. Elle est l'URSS des années 80 passée à la moulinette de la crise systémique du monde communiste catalysée en 1989 par la Chute du Mur de Berlin. Chacun peut analyser la trajectoire sur vingt ans, de l'URSS devenue Russie entre 1985 et 2005, et en chercher les tendances lourdes. Puis appliquer cette transformation par exemple aux États-Unis et à l'Occident, et en déduire des évolutions possibles. Mais ensuite, toute la question est d'identifier celles qui seront probables, et d'en déduire ce qu'il faut faire pour les favoriser ou au contraire les prévenir, selon ses propres intérêts.

Outre votre position de coordinateur de recherches au Laboratoire européen d'Anticipation Politique LEAP/Europe 2020, vous êtes le président de Newropeans, que vous définissez comme le premier mouvement politique trans-européen, et vous menez depuis deux décennies un combat de fond contre les populismes montants. Quelles peuvent être les conséquences politiques et philosophiques d’une crise systématique globale ? N’est-ce pas là une situation rêvée pour les populistes de tous bords ?

Oui, c'est en effet une situation rêvée pour les démagogues de tous bords. Je suis certain d'ailleurs que le fort ralentissement économique qui va toucher l'UE en 2008 et 2009 va contribuer à renforcer la vague d'extrémismes et de populismes qui va balayer les élections européennes de juin 2009. Paradoxalement, ce n'est pas dans le sens du rejet de l'UE, mais plutôt dans la direction d'une UE xénophobe, sécuritaire, d'une « Europe aux Européens » que cette vague va déferler. Une telle évolution conduirait l'UE à s'éloigner de ces principes démocratiques (et ce n'est pas le refus de référendum pour le nouveau traité qui va aider à lutter contre cette tendance) et à rejoindre au niveau mondial le groupe des grands blocs politico-économiques qui pensent que le jeu global est désormais à somme nulle. Ce que l'un gagne, l'autre le perd. C'était exactement la situation de l'Europe avant 1914. Et on connaît la suite.

Plus largement, comment voyez-vous l’avenir ? Est-ce que vous arrivez à conserver une dose raisonnable d’optimisme ? Est si c’est le cas, qu’est-ce qui motive cet optimisme ?

J'essaie de conjuguer l'optimisme de la volonté et le pessimisme de l'intelligence. Être lucide sur les dangers n'est pas du tout un handicap pour agir. Bien au contraire. Dans un monde complexe, lieu de tant d'interactions imprévisibles, où le seul moyen de résoudre un problème c'est bien souvent d'éviter qu'il ne se pose, c'est en regardant les difficultés en face qu'on peut espérer pouvoir agir efficacement. C'est d'ailleurs pour cela que sur les deux fronts, LEAP/E2020 et Newropeans, je m'implique dans l'anticipation. Dans un premier cas sous une forme de conseil ; dans l'autre sous une forme d'engagement.

La crise n'est rien d'autre qu'un moment de transformation du monde. C'est à nous, citoyens actifs, éduqués, responsables, vivant dans des espaces démocratiques, que revient le rôle essentiel d'essayer de limiter les conséquences négatives de la fin de l'ordre ancien; et au contraire de contribuer à faire émerger au plus vite les nouvelles potentialités du monde de demain. De toute façon, on ne choisit pas son époque, mais on se choisit dans son époque. En anticipant un petit peu les évènements, on peut parvenir à se choisir un rôle plus utile pour ses contemporains, et surtout pour nos enfants.

 



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A PROPOS DE CET ARTICLE

Titre : FRANCK BIANCHERI - EUROPE 2020 / NEWROPEANS

Auteur(s) : Laurent Courau

Genre : Interview

Copyrights : Laurent Courau - 2007

Date de mise en ligne : 04/10/08

 
PRESENTATION

Europe 2020 est un think-tank et un site web consacrés à l'anticipation politique européenne. Développé en partenariat avec de nombreuses organisations dont des centres de recherche et des chercheurs individuels, le site Europe 2020 vise à développer la recherche en matière d'anticipation politique européenne et à diffuser plus largement les travaux en la matière.

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« <i>Fuck Consensual Reality</i> »

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© Laurent Courau




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